Programme de Protection des Enfants des Rues :

Après un diagnostic de plus d’un an et demi sur la situation des enfants des rues à Antsirabe, nous avons élaboré un projet de Centre d’Hébergement Temporaire (CHT) pour les enfants des rues d’Antsirabe à Madagascar.

De 17h00 à 07h30, le CHT accueille les enfants des rues, en proposant un endroit privilégié où ils pourront répondre à leurs besoins primaires : manger, se laver, être écouté et dormir en sécurité.

Notre équipe spécialisée propose des activités pédagogiques, éducatives et sportives, une prise en charge médicale et psychologique ainsi que la mise en place de causeries pour favoriser la parole des enfants. 

Objectifs du CHT :

Sortir l’enfant du danger de la rue pour des raisons physiques ou psychiques, et de l’aider à retrouver les rythmes vitaux et les repères psychiques fondamentaux :

  • Repères spatiaux (entre l’espace dans le centre et l’espace dans la rue),
  • Repères temporels (les moments d’ouvertures et de fermeture du centre),
  • Repères sociaux (les endroits permis et les endroits non permis)
  • Et repères psycho-affectifs (relation avec le personnel du centre et les autres enfants hébergés).

Les fonctions du CHT

  • L’hébergement et la mise à l’abri de l’enfant de la rue (dans un lieu fermé et sécurisé),
  • Le ressourcement (l’individu prend le temps de se reposer)
  • La réadaptation à la vie quotidienne (il se réapproprie les rythmes vitaux et repères psychologiques). En effet, comme le souligne le Samusocial International : « Les rythmes de veille et de sommeil sont altérés par les conditions d’insécurité de la vie dans la rue, ainsi que par la nécessité de saisir toutes les opportunités d’obtention de nourriture et/ou d’argent, ce qui modifie également le rythme alimentaire. Sans ces rythmes vitaux, le temps semble éternisé car il n’y a pas d’événements présents ou futurs pour marquer le temps. »

La remise en fonction du corps et le suivi éducatif de l’enfant s’articulent autour des gestes de la vie quotidienne

  • L’atelier hygiène (douche et changement de vêtements), permet au jeune de se réapproprier son corps (le plus souvent négligé et oublié dans la rue) et de prendre soin de lui. Symboliquement le changement de vêtement permet à l’enfant de quitter temporairement son statut d’enfant de la rue en revêtant des vêtements propres et en bon état.
  • Le repas soir et matin à des horaires réguliers, outre l’apport nutritionnel fondamental pour des enfants en situation de carence, permet à l’enfant de réapprendre le rythme des repas.
  • L’entretien individuel a lieu pour chaque enfant, à chaque nuit d’hébergement au sein du CHT. L’entretien individuel entre l’enfant et l’équipe éducative permet à l’enfant d’être écouté et considéré. Progressivement il va reprendre confiance en lui et envers les autres. L’entretien individuel est un des éléments clés du soin psychique de l’individu. De plus, il permet aux éducateurs sociaux d’approfondir la situation sociale de l’enfant de la rue (son état civil, son parcours et sa situation familiale). Les entretiens individuels répétés dans le temps permettront au fur et à mesure des échanges, d’élaborer d’un projet éducatif individualisé pour chaque individu.
  • La nuit de sommeil, permet à l’individu de se reposer et de se ressourcer en dehors de tous les dangers de la rue (vols, violence).

Progressivement, les enfants de la rue hébergés au sein du Centre d’Hébergement Temporaire vont retrouver des repères (respecter les heures d’ouverture du CHT, les heures de repas et de coucher), les repères sociaux (respecter les endroits permis et non permis au sein du CHT) et les repères psycho-affectifs (respecter les autres enfants et les professionnels du CHT).

 Les Activités du CHT

→ Activités pédagogiques

Pour les enfants venus d’eux mêmes entre 17h et 18h, le CHT propose une activité pédagogique (support de médiation éducative pour favoriser la parole : dessin, peinture, jeux de société…).

L’enfant de la rue a vécu des traumatismes qui l’ont conduit à vivre de jour comme de nuit dans la rue. Des vécus traumatiques intrafamiliaux par excès (violence physiques notamment) et/ou des carences de soins, ont conduit l’individu à fuir son lieu de vie initial. En danger, il s’est réfugié dans la rue qui est devenu son nouveau lieu de vie. Mettre des mots sur ses traumatismes est un exercice difficile pour l’enfant de la rue. Par l’intermédiaire de supports de médiation comme le dessin, la peinture ou encore des jeux de société, l’éducateur accompagne l’enfant à verbaliser ses traumatismes et à exprimer pourquoi il a quitté son milieu de vie initial. En somme, l’éducateur aide l’enfant à mettre des mots sur ses maux.

 

→ Prise en charge médicale et/ou psychologique

Grâce à un partenariat avec Aromathérapie Sans Frontière, un médecin se rend au Centre d’Hébergement Temporaire 2 fois par semaine.

L’enfant de la rue n’a pas accès aux soins médicaux ou psychologiques. Il ne sait pas à qui s’adresser et, souvent, son rapport au corps est altéré par la vie dans la rue (pour lui ce n’est pas une priorité de prendre soin de son corps). Offrir une prise en charge médicale et/ou psychologique aux enfants qui en ont besoin permet, non seulement d’être une meilleure préservation de la santé physique, mais aussi d’aider les enfants de la rue a se réapproprier leurs corps. Comme le souligne le Samusocial International : « Une personne qui ne sait pas ou plus prendre soin d’elle, ne pourra que difficilement être soignée ; l’observance des rendez-vous médicaux, du traitement, sont autant de défis à surmonter dans sa prise en charge médicale. Le rôle du médecin ou de l’infirmier s’inscrit ainsi tout autant dans la prise en charge médicale que dans l’accompagnement psychologique et éducatif. » En effet, la prise en charge médicale, comme la prise en charge psychologique, sert de support à la parole et permet aux enfants de mettre des mots sur les traumatismes qui ont jalonné leur histoire. Par l’écoute et le non jugement, le psychologue et le médecin tissent une relation de confiance pour aider ces enfants à redevenir des sujets à part entière.

 

→ Mise en place de causerie

Des causeries (discussions collectives à but pédagogique) hebdomadaires seront mises en place par les éducateurs sociaux du Centre d’Hébergement Temporaire.

La causerie, selon le Samusocial International, est définie comme tel : « Activité collective, animée selon une méthodologie participative (discussion ouverte, jeux de rôles…), la causerie de groupe instaure un climat de confiance et d’écoute. Son premier objectif éducatif vise au respect des autres dans les échanges verbaux. Son deuxième objectif vise au renforcement des connaissances, et selon les thématiques, à la modification des comportements. Le sujet d’une causerie est fondé soit sur une question posée par un ou plusieurs membres du groupe, soit sur une proposition de l’équipe de maraude en lien avec un événement (notamment conflit dans le groupe, intervention policière) ou les risques sanitaires et sociaux auxquels sont exposés, de manière générale, les enfants et jeunes de la rue. »

→ Activités sportives

Selon le Samusocial International, « l’organisation de jeux, d’activités culturelles et artistiques, permet de sortir l’enfant ou le jeune de la logique de survie en rue qui ne lui laisse que très peu de temps pour les activités ludiques ». Une fois par semaine, l’activité sportive permet à l’enfant de la rue de se dépenser et de remettre en fonction son imaginaire, de redevenir un enfant à part entière.